La communauté organise des événements sportifs et culturels, des études collectives, ainsi que des interactions structurées avec des pasteurs d’autres églises. Ils sont étonnamment « normaux ».
par Massimo Introvigne
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Shincheonji est souvent décrite de l’extérieur à travers le prisme de la controverse. Ceux qui prennent le temps d’observer son quotidien en France découvrent quelque chose de différent. Le mouvement a développé un réseau dense d’activités qui vont bien au-delà de l’évangélisation. Ces activités incluent des événements sportifs, des événements culturels, des études collectives et des dialogues structurés avec des pasteurs d’autres églises. Ils créent une communauté à la fois disciplinée et dynamique, où les membres investissent beaucoup de temps et d’énergie. Les entretiens que j’ai menés en France révèlent un monde rarement pris en compte dans les récits médiatiques. C’est un univers où l’on étudie la Bible avec intensité, cultive des amitiés et participe à des activités qui renforcent le sentiment d’appartenance.
Plusieurs personnes interrogées ont décrit un rythme de vie qui combine travail, études et événements communautaires. L’une d’elles, L., a expliqué qu’elle enseigne la Bible et continue à faire de l’évangélisation, une pratique qu’elle exerçait déjà dans son ancienne église. Elle a dit qu’elle le fait désormais avec plus de joie, car elle a trouvé des réponses aux questions qu’elle se posait depuis des années. Elle a décrit son quotidien comme une combinaison d’enseignement, d’études et d’interactions avec des personnes de différents horizons. Elle a souligné qu’elle parle de la Bible non seulement dans des cadres formels, mais aussi dans des conversations informelles avec des amis et sa famille. Pour elle, il s’agit d’une extension naturelle de sa foi.
Un autre interviewé, S., a décrit un schéma similaire. Il a grandi dans une famille chrétienne et était actif dans les groupes de jeunes de son ancienne église. Il a expliqué qu’il se posait de nombreuses questions sur la manière de pratiquer la vie de foi et de comprendre la Bible. Il n’a pas trouvé de réponses dans les églises qu’il fréquentait. Il les a trouvées au sein de Shincheonji. Il participe désormais à l’évangélisation et assiste aux services le mercredi et le dimanche. Il a indiqué que ses parents sont au courant de son engagement et qu’il a été transparent avec eux depuis le début. Il a décrit sa vie au sein de Shincheonji comme structurée et porteuse de sens.
Les activités de l’organisation en France incluent des événements sportifs qui rassemblent un grand nombre de fidèles. Ces événements ne sont pas secondaires. Ils font partie de la culture de l’organisation. Une interviewée, C., a décrit une journée sportive où tous les membres de la congrégation se sont réunis pour jouer au basket, au football, au volley-ball, au badminton et pour danser. Elle a expliqué que ces événements visent à promouvoir la santé et à renforcer les liens entre les fidèles. Elle se souvient que lors de l’un de ces événements, ils avaient croisé d’autres coureurs qui les ont salués. Elle a ri en se rappelant que certains participants auraient préféré dormir plus longtemps, mais que l’exercice matinal les aidait à rester en bonne santé et alertes.

Ces activités sportives ont attiré l’attention de certains critiques, qui les ont décrites comme faisant partie d’un soi-disant camp d’entraînement, perçu comme troublant et rappelant un entraînement paramilitaire. Les personnes interrogées ont proposé une autre perspective. Elles ont expliqué que les séances d’exercice tôt le matin avaient lieu parce que les membres devaient ensuite aller travailler ou étudier. L’objectif était de maintenir une bonne condition physique et de se préparer pour la journée. Elles ont insisté sur le fait que ces activités n’étaient pas coercitives. Elles faisaient partie d’une routine combinant discipline physique et spirituelle. Une interviewée a déclaré qu’elle pratiquait déjà l’exercice matinal avant même de rejoindre Shincheonji.
Le mouvement organise également des rencontres le week-end comprenant des jeux, des sessions d’étude et des repas communautaires. Ces rencontres créent un sentiment de communauté que de nombreux interviewés ont décrit comme important dans leur vie. L’une d’elles, M., a déclaré avoir été active dans une église protestante pendant 23 ans avant de rejoindre Shincheonji. Elle a expliqué avoir été touchée par les enseignements qu’elle avait entendus lors d’un événement en ligne organisé pendant la pandémie de la COVID-19. Elle participe désormais à diverses activités, notamment des activités sportives et des sessions d’étude. Elle a décrit la communauté comme solidaire et a dit se sentir encouragée à grandir spirituellement.
Le dialogue avec des pasteurs d’autres églises constitue un autre aspect des activités de Shincheonji en France. Plusieurs personnes interrogées ont mentionné avoir rencontré des pasteurs de différentes confessions. Elles ont indiqué que ces pasteurs apprécient souvent l’occasion de discuter de théologie, même s’ils n’ont pas l’intention de rejoindre Shincheonji. Les responsables de l’organisation considèrent ces échanges comme précieux. Ils estiment que dialoguer avec d’autres responsables chrétiens permet de clarifier les malentendus et de favoriser le respect mutuel. L’une des personnes interrogées a déclaré apprécier ces conversations, car elles lui permettent d’expliquer ce qu’elle a appris et d’entendre différentes perspectives. Il est clair que les fidèles que j’ai interrogés espèrent que certains de ces pasteurs rejoindront un jour Shincheonji. Ils savent cependant que beaucoup ne le feront pas. Ils entretiennent généralement de bonnes relations avec ceux qui ne rejoignent pas le mouvement et estiment que les exposer aux idées de Shincheonji reste, en tout état de cause, utile.
Ces dialogues ne se limitent pas aux réunions formelles. Ils ont également lieu dans les interactions quotidiennes. L’une des personnes interrogées a déclaré qu’elle parle souvent avec des amis issus de différents milieux chrétiens. Elle a expliqué que ces conversations sont l’occasion de partager ce qu’elle a appris et d’écouter les autres. Elle a souligné qu’elle ne met aucune pression sur qui que ce soit pour rejoindre Shincheonji. Elle se contente de partager son expérience. Elle nie également dissimuler Shincheonji sous d’autres noms. Elle affirme qu’elle fait toujours référence à son Église en disant « église Shincheonji » lorsqu’elle en parle avec d’autres.
La structure d’enseignement de Shincheonji constitue un autre aspect important de ses activités en France, comme en Corée et à l’international. L’organisation propose un cursus de neuf mois divisé en trois niveaux : introduction, intermédiaire et avancé. Les étudiants doivent passer des examens à la fin de chaque niveau pour progresser. Plusieurs personnes interrogées ont décrit ce cursus comme exigeant mais gratifiant. L’une d’elles a expliqué qu’elle était d’abord méfiante, mais qu’elle avait décidé de continuer parce que les enseignements lui semblaient cohérents. Elle a indiqué qu’elle avait tout vérifié à partir de la Bible et qu’elle avait trouvé les explications conformes.

Une autre personne interrogée a déclaré avoir été contactée en ligne et invitée à assister à une conférence. Elle s’est d’abord montrée prudente, mais a décidé d’y participer. Elle a expliqué qu’elle cherchait des réponses concernant l’eschatologie chrétienne (la fin des temps). Elle avait posé des questions à des prêtres et à des pasteurs, mais avait reçu des réponses différentes. Elle a raconté avoir pleuré après l’une de ces rencontres, car elle se sentait frustrée. Lors de la conférence de Shincheonji, elle a trouvé les explications précises. Elle les a vérifiées en lisant la Bible et a décidé de continuer. Elle a dit avoir eu peur de tomber sur quelque chose d’étrange, mais qu’elle avait trouvé à la place un programme structuré qui encourage les questions.
L’environnement d’enseignement est décrit par les personnes interrogées comme interactif. Elles ont indiqué qu’elles sont encouragées à poser des questions et à tout vérifier à l’aide de la Bible. L’une des personnes interrogées a déclaré qu’on lui avait dit, dans son ancienne église, que le Livre de l’Apocalypse ne pouvait pas être compris. Elle a expliqué avoir trouvé libérateur de l’étudier en détail. Une autre a indiqué qu’elle avait été découragée de poser des questions dans son ancienne église. Elle a dit qu’à Shincheonji, elle était encouragée à poser autant de questions qu’elle le souhaitait.
L’évangélisation en France prend différentes formes. Certaines personnes interrogées ont décrit des démarches d’approche dans la rue. D’autres ont évoqué l’évangélisation en ligne. L’une d’entre elles a expliqué avoir été contactée sur Instagram par une personne qui l’avait complimentée pour avoir joué de la musique pour Dieu dans une autre église. Elles sont restées en contact et se sont ensuite rencontrées sur Zoom. Elle a dit qu’elle cherchait des réponses et les avait trouvées dans les enseignements qu’elle avait reçus. Une autre personne interrogée a indiqué avoir été abordée dans la rue alors qu’elle se rendait à un concert. Elle a expliqué qu’elle priait pour sa grand-mère, qui était malade, et qu’elle réfléchissait à la manière de se rapprocher de Dieu. Elle a considéré cette rencontre comme opportune.
Ces récits révèlent un schéma récurrent. Les personnes rejoignent Shincheonji non pas sous la pression, mais parce qu’elles sont en quête de réponses. Elles découvrent l’organisation par différents canaux. Elles assistent à des conférences, des sessions d’étude ou des réunions en ligne. Elles sont encouragées à vérifier ce qu’elles entendent en se référant à la Bible. Elles décident de continuer car elles trouvent les enseignements cohérents. Elles participent ensuite à des activités qui renforcent leur sentiment de communauté.
Les activités de l’organisation incluent également des événements culturels. L’une des personnes interrogées a mentionné qu’elle enseigne le français et le coréen en dehors de l’Église. Elle a expliqué qu’elle participe parfois à des échanges culturels impliquant la langue et la musique. Ces activités ne font pas formellement partie de la structure de Shincheonji, mais elles reflètent l’environnement multiculturel dans lequel l’organisation évolue.
Les entretiens révèlent également que les fidèles de Shincheonji en France mènent une vie normale. Ils travaillent, étudient et interagissent avec leurs familles. L’une des personnes interrogées a déclaré être assistante qualité, sécurité et environnement dans une entreprise de collecte des déchets. Un autre a indiqué être plombier et se préparer à une reconversion professionnelle. Une autre a dit travailler dans le design. Une autre encore est chargée de communication dans une compagnie d’assurance et occupe également le poste de maire adjointe de son village. Ces éléments montrent que les membres de Shincheonji sont intégrés dans la société française.
Les activités du mouvement insufflent à ses membres un sentiment de vocation. Les membres décrivent leur engagement comme porteur de sens. Ils considèrent que le mouvement est plus qu’une église. C’est une communauté qui étudie, joue, échange et grandit ensemble. Elle investit dans la santé physique, l’engagement intellectuel et le développement spirituel. Elle cherche le dialogue avec les autres et accueille les questions. C’est une communauté qui a créé un espace distinctif dans le paysage religieux français.

Massimo Introvigne (born June 14, 1955 in Rome) is an Italian sociologist of religions. He is the founder and managing director of the Center for Studies on New Religions (CESNUR), an international network of scholars who study new religious movements. Introvigne is the author of some 70 books and more than 100 articles in the field of sociology of religion. He was the main author of the Enciclopedia delle religioni in Italia (Encyclopedia of Religions in Italy). He is a member of the editorial board for the Interdisciplinary Journal of Research on Religion and of the executive board of University of California Press’ Nova Religio. From January 5 to December 31, 2011, he has served as the “Representative on combating racism, xenophobia and discrimination, with a special focus on discrimination against Christians and members of other religions” of the Organization for Security and Co-operation in Europe (OSCE). From 2012 to 2015 he served as chairperson of the Observatory of Religious Liberty, instituted by the Italian Ministry of Foreign Affairs in order to monitor problems of religious liberty on a worldwide scale.


